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BD CRUCIFIX PARTIE3L

 

bd1bis

 

15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 13:19

C’était une construction grise, aussi laide qu’incommode, encastrée dans le presbytère, restes d’un imposant couvent du 17ème siècle, situé à la porte aujourd’hui disparue de la bastide. Les piétons empruntaient la chaussée qu’ils disputaient aux voitures puisque celle-ci ne possédait pas même un semblant de trottoir. Quelques touristes s’y égaraient quelquefois pour admirer les maisons de galets tirées de l’Amourette qui coule en contrebas de la rue et soulignés de briquettes de cette argile bleue qui fait la réputation de la vallée. Ce furoncle était le bijou de Monsieur le Maire qui avait fait passer son caprice en force. Il faut bien avouer que l’endroit choisi accumulait tous les inconvénients pour ce genre de projet. Outre son accès qui serait difficile, il fallait démolir l’aile gauche de la vieille bâtisse où vivait le prêtre qui coulait ici une retraite bien méritée parmi ses trois générations d’anciens élèves. Ils venaient tous le visiter chacun leur tour, même Roland Carmelo, ce mécréant de communiste, le fils de ce gibier de potence Paulho, un émigré italien venu du Gers voisin.

Mais Gaston Barnès avait un vieux contentieux avec le curé, un fin lettré qui ne put jamais rien imprimer dans la tête creuse du garçon. Ce faible d’esprit un peu chétif avait trop souffert de la risée des petits paysans, des gaillards qui s’entrainaient à la course landaise avec les veaux gras de la ferme et qui bataillaient avec la balle ovale dans leur rare moment de loisirs. Gaston avait la revanche aux bouts des dents et sa médiocrité lui servit bien car en politique, les toquards font quelquefois l’unanimité.

Dans ce département traditionnellement à gauche, Marcel Lafitte, régnant dans un bastion ancré à droite se sentait vieillir. Il avait besoin pour défendre son parti d’un poulain qui ne lui fit pas d’ombre avant qu’il ne démissionnât au faite de sa notoriété. L’obscur aide-comptable était le candidat idéal. Il est le seul en lice, il fut élu. La droite n’avait pas eu le choix, la gauche se gaussait de cette opposition. Une aubaine que Gaston saisit au vol, c’est le cas de dire ! Depuis vingt-cinq ans, il nichait chez sa maitresse, une brave fille qui fit le bonheur des notables du canton, lui sacrifiait son cœur contre le prestige de l’écharpe tricolore. Et surtout il veillait jalousement à garder son siège à la mairie, la seule source de ses revenus sans compter le fruit de quelques malversations, des broutilles pour arrondir ses fins de mois. Il était au summum de sa carrière, adulé par intérêt, respecté par chantage et régnait sans partage sur un monde muet de terreurs infondées.

Le père Laburthe connaissait le parcours de son ancien élève dans les moindres détails du plus intime au plus calamiteux. Mais cet homme d’église avait cette rare faculté de croire autant en Dieu qu’au repentir de ses semblables. Cet homme-là était un Soleil à lui tout seul, il suffisait de croiser son regard pour l’aimer. Il ponctuait ses punitions d’encouragements, il pardonnait, conseillait et accompagnait les pires vauriens vers des chemins honorables. Attention, ce n’était pas un Saint ! Je crois bien qu’il cultivait ses faiblesses pour rester à la portée de ses ouailles. Par amour de ses semblables, il prenait le risque de devoir camper devant la porte du Paradis pour l’Eternité. S’il était discret des secrets de chacun, il invectivait sans détour ses paroissiens quand il estimait cela nécessaire. Un jour que Gaston Barnès, maire de Grenailh-l’Amourette s’emmêla dans un discours que son auditoire avait renoncé à écouter depuis belle lurette, le prêtre cria :

– Tu n’as pas bientôt fini avec tes explications de budget, tu n’as jamais été fichu de connaitre tes tables !

L’ancien aide-comptable blêmit. Il avait de nouveau dix ans, aussi mauvais sur un terrain de rugby que devant le tableau noir. Il avait trente ans aussi, sans espoir de promotion. L’intervention du père Laburthe était un camouflet qu’il ne pouvait pardonner car il dénonçait une réalité. Depuis des années, il croyait au mythe que ses amis politiques avaient forgé de toute pièce, à ce mythe entretenu par une population trop fière pour reconnaitre qu’elle avait élu un usurpateur, parachuté d’un village voisin. La seule étoffe de Maire qu’il possédât était l’écharpe tricolore au service de ses propres intérêts. Devenu au fil du temps, une notoriété fondée sur du vent. Gaston devait éliminer ce vieux curé coûte que coûte qu’il fit passer pour sénile. Il se débrouilla pour démontrer que le bâtiment communal faute de prouver le contraire, menaçait ruine et qu’il fallait mieux le démolir pour ne pas grever les finances publiques. Il soigna le mal par le mal, l’incurable cancre fit construire une médiathèque dans ce trou béant et il recruta une professionnelle diplômée ; Gaston était intraitable sur ce point.

Pour l’inauguration, la municipalité avait apprêté un buffet de petits fours et quelques bouteilles de Tursan pour faire passer l’indigeste litanie des remerciements et l’historique du projet truffé de chiffres et de citations. Les habitants boudèrent l’invitation, mécontents des motifs à l’origine du projet. Les dupes étant indifférents à la lecture, ça ne faisait plus grand monde pour honorer l’évènement.

Pourtant quelques curieux vinrent s’inscrire. Ils empruntèrent des livres au hasard et certains finirent par se prendre au jeu. A côté des poncifs sur les étagères, ils mirent la main sur des histoires prenantes, des documentaires captivants, des livres d’aventures, jusqu’à des poèmes d’une rare beauté qui touchaient le cœur des lecteurs. Le bouche à oreilles fonctionnait à merveille, on venait emprunter un livre que la sœur de la voisine avait dévoré. La bibliothécaire laissait faire, étonnée d’un tel engouement mais surtout des titres qui n’étaient répertoriés nulle part. Elle mena son enquête sur ces étranges auteurs dont elle n’avait jamais entendu parler. Des titres nouveaux s’accumulaient sur les étagères sans qu’elle ait passé commande, ce n’est d’ailleurs pas avec la subvention communale qu’elle aurait pu se le permettre. Le pire dans cette affaire, c’est que d’autres titres qui avaient rencontré un franc succès disparaissaient sans laisser de trace. On admit qu’il s’agissait d’œuvres éphémères, un nouveau concept qui dispensait les habitants habitués à vivre dans le silence et le mensonge d’ouvrir les yeux sur ces mystères. Personne ne souleva le problème, ni le puits dont on avait arasé la margelle au centre de la salle.

C’était le coin des enfants, des lecteurs assidus qu’on ménageait. Cependant, ils soupiraient devant les classiques BDs que leurs parents avaient lus avant eux. Ils voulaient des héros auxquels ils pourraient s’identifier, des aventures qu’on n’avait pas encore inventées, des dessins qui soient de vraies créations. C’était un public critique. La semaine suivante, ils découvrirent une série qui correspondait à tous ces critères. Ils lisaient sur place, c’était un régal de voir ces jeunes aussi captivés, avaler les vingt tomes d’Avallon, le berger de Mars. Chaque demande de la plus spécialisée à la plus loufoque était satisfaite.

Le père Laburthe délogé sans ménagement de son cher presbytère amputé, trouva encore le moyen de sauver la notoriété du maire aussi pingre qu’inculte en abandonnant son âme dans le puits pour que science et culture deviennent dans ce lieu confiné, synonyme de détente et de loisirs. Tous les lecteurs s’entendirent pour reconnaitre que le maire avait eu une heureuse initiative en faisant partir ce vieil original qui ne servait plus à grand-chose. C’est ainsi que le curé fut remercié de laisser à tous l’accès à son puits de science intarissable.

La réputation de la médiathèque dépassait les limites du département, on se bousculait. Il fallut prendre des mesures pour juguler sa fréquentation. Les gens prévoyant apportaient leur siège pour faire la queue depuis l’aurore devant la médiathèque, d’autres organisaient un service de covoiturage pour juguler les problèmes d’embouteillages aux trois accès de la ville. On se vendait sous le manteau les places de parking. Mais le Maire devant tant de tracas,  envoya ses taupes sur les lieux qui repérèrent bientôt le pot aux roses. Furieux, il ordonna qu’on comblât le puits. Tout rentra dans l’ordre à la grande satisfaction d’une poignée d’électeurs. Le lendemain, Gaston Barnès découvrit sur le béton encore frais ces quelques mots gravés : « Plus bouché que ce puits, ton esprit restera ».

 

 

Anne Andrée-Roche

 

 


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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 08:35

 

2407 

 

 

Le transporteur arrive dans un souffle électrique.

Les portes s'écartent et laissent se déverser un flot de visages aux regards figés. Les uns ont le crâne encadré par un casque, les autres des sonoémetteurs insérés dans leurs orifices auditifs.

A mon tour de m'engager dans le ver métallique. Je me dirige à l'avant, où il y avait lorsque j'étais plus jeune, le conducteur du transporteur. Maintenant, Il n'y a qu'une vitre.

Maintenant, les transporteurs sont intelligents

 

Les gens autour de moi ont le regard aspiré par des écrans portatifs qu'il maintiennent dans le creux de leur main. Ils leurs adressent la parole, du bout des doigts les caressent.

 

Soudain, une sirène éclate dans les entrailles de l'engin. Les visages se crispent, les transmétropolitains encore sur le quai se précipitent dans les nombreuses bouches coulissantes. À la 5e seconde, les machoires aux dents de caoutchouc se referment.

Le transporteur est pris d'une secousse. Alors, le souffle électrique reprend avec une inspiration grandissante en même temps que tout le corps se met à vibrer. Le vaisseau commence son glissement

LAE =>

Le glissement du vers s'accélère. Il s'approche de l'entrée d'un tunel.

TUBE NORD

Le vaisseau pénètre le territoire des transporteurs.

Vide des âmes et des sens

UGTS8

 

Des deux côtés, sur les parois du tube, sont encastrées des passerelles. Elles sont en acier, avec des rambardes de fer.

CS 4.915

Toute la surface du tube est parsemée de capillaires électromagnétiques.

CS 4.816

La machine est translatée sur des barres de fer métalliques.

CS 4.714

Des lignes métalliques convergent vers les profondeurs de la galerie subterrienne.

CS 4.611

Là, une lueur jaunâtre grandit dans l'espace. Elle provient des profondeurs du tunel

CS 4.511

Deux puissants faisseaux traversent l'obscurité. Un autre vaisseau.

Nous nous rapprochons mutuellement.

CS 4.408

Les masses d'air que les machines transportent avec elles s'entrechoquent et font vibrer tout le corps.

Les êtres humains avalés par le transporteur n'ont pas l'air à leur place dans ce vide électrique

CS 4.307

Des flashs passent en rafales.

Les néons traversent les visages pâles.

CS 4.204

Un virage. Le transporteur penche de 25°.

CS 4.102

Des plaques de Diodes électro-luminescentes sont placées le long du mur.

Le cosmos des vers est parsemé d'étoiles électroluminescentes

CS 4.089

Le virage prend fin. Le ver se rétablit.

CS 4.078

Une Diode électro-luminescente bleuâtre

Longueur d'onde 463 nanomètre.

Le vaisseau amorce sa décélération.

 

 

Je me rapproche de la bouche par laquelle j'étais entré.

Une fois la machine stabilisée, les machoires s'écartent et nous pouvons sortir.

Là, sur le quai, des deux côtés de notre passage, sont amassés des transmétropolitains, impatients, pris au corps par les secondes qui défilent. Ils se serrent, ils se bousculent. Certains d'entre eux ont les yeux révulsés, d'autres des contractions nerveuses. La plupart, un air anxieux

 

Je mets pieds à terre sur le carrelage de la base de transfert. Là, nous avançons, tous dans la même direction suivant le sens indiqué par les flèches des panneaux d'assistance.

SORTIE. Capitales, Blanc.
Fond vert clair électrique, longueur d'onde 570 nanomètres.

Des pilliers de pierre polie et cirée, espacés de 5 mètres, hauts de 8 mètres, soutiennent une grande voûte, surplombant toute la base de transfert. Des rangées de néons, insérés dans des protections métalliques de forme ovoïde, sont également suspendues par des cables en acier à cette voûte.

 

Le vaisseau est déjà reparti. Envolé vers la prochaine base, où se poursuivra le transfert des ressources humaines de la macropole.

En face, à 15 mètres, se trouve l'autre quai.

Au milieu, le néant.

Vide des âmes et des sens

Attention, danger de mort.

Seul subsiste le cordon. Celui qui relie tous les transporteurs et les maintient dans le vide de la matrice. Le cordon forgé de milles capillaires et artères de cuivre.

 

Je poursuis mon avancée en suivant les autres panneaux d'assitance, eux aussi suspendus par des cables en acier à la voûte sub-terrestre de la base de transfert. J'avances à travers un couloir éclairé par de multiples néons.

Bleu. Rouge. Jaune. Blanc. Gris. Gris.

Gris

Au bout du tunnel sont placés des portails-filtres, qui empêchant l'accès aux transporteurs aux sous-castes, ceux ne pouvant pas se procurer une carte magnétique.

L'entrée est surveillée par un oeil noir et vitreux, qui scrute chaque visage, chaque défaillance, chaque disfonctionnement des citadins. Cet oeil est relié aux multiples neurones du cerveau numérique qui gère la cité. L'oeil de la macropole, qui veille à ce que chaque ressource humaine remplisse sa fonction au chiffre.

Afin que tous obéissent aux lois et à l'oeil

 

Je m'approche des murailles. J'ai été reconnu par les capteurs de masse corporelle : les deux volets du passage dans lequel je me suis introduit s'écartent. La voie est libre.

En face de moi, le seul choix qui s'offre est d'avancer sur un escalier mécanique. Une plaque de métal sous laquelle apparaissent des marches striées et qui élèvent les citadins 15 mètres au-dessus. Tous se laissent porter par l'escalator.

Tous se laissent porter par la machine

Ils tiennent d'une main une bande en caoutchouc qui suit l'ascencion des marches. Ils sont statiques.

Chacun sa marche.

Serrés à droites, pour faciliter l'écoulement des citadins plus rapides.

Et ceux qui ne subissent pas encore l'assistance morphologique mécanisée

 

Alors que je poursuis mon ascension de l'escalier mécanique, la lumière des néons s'amenuise peu à peu. Je lèves les yeux en direction du sommet, là où prend fin l'escalator. j'aperçois le ciel et la lumière à travers l'embouchure de la galerie subterrienne.

Plus que quelques mètres...

 

Enfin, je sors du métro.

 

 

 

 

 

La science fiction est là.

 

 

Le regard du rêve

 


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Evénements

Nous participons à l'exposition Love and Peace, organisée par le mouvement Respublica, à la galerie l'Antre de monde (40, rue Estelle, escalier du Cours Julien, Marseille), jusqu'au 31 janvier.

Le vernissage aura lieu le samedi 10 janvier à partir de 19 h.

 

 

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